Du paternalisme médical chez une gynéco

Cela fait donc maintenant 4-5mois que nous avons arrêté la contraception, et on le vit bien. Sauf que de mon côté, tout n’est pas forcément parfait : j’ai des cycles de 45-60 jours (depuis toujours), avec un record lié au mariage de 110 jours. J’ai donc pris un rendez-vous en octobre avec mon adorable généraliste (c’est sincère, ma généraliste est une personne d’une grande humanité) pour discuter de mes cycles. Elle a préféré m’envoyer chez une gynéco qu’elle connait bien, pour que celle-ci décide de quelles hormones je pourrais avoir besoin, et de s’il y a autre chose à faire. Et je n’ai pu la rencontrer qu’hier, le 15 décembre. Et… humainement, cela s’est très mal passé.

Le paternalisme médical dans toute sa splendeur

Je me renseigne beaucoup depuis quelques mois sur le féminisme, et une lecture en entrainant une autre, sur le paternalisme médical, sur le racisme… Et heureusement que j’avais lu tout cela, car cela m’a permis de mettre beaucoup de distance sur tout ce que j’ai entendu hier.

J’ai commencé par expliquer à cette gynéco que je venais la voir pour réguler mon cycle. Comme nous sommes dans notre première année, c’est plus ou moins la seule chose que je souhaite faire. Elle me répond qu’elle peut en effet me donner « quelque chose pour faire venir les règles viennent plus rapidement », mais que cela ne règlera pas mes ovulations (vous noterez qu’elle ne parle pas de favoriser mes chances de réussite). Que cela ne les stimulera pas. Ça tombe bien, ce n’est pas vraiment ce que je souhaite. Mais qu’il faut absolument que je fasse un bilan hormonal pour que l’on sache ce qui ne va pas chez moi. Très bien, cela m’arrange car la longueur de mes cycles m’a toujours intriguée.

Dans un deuxième temps, si le bilan n’est pas bon (et apparemment, il sera forcément mauvais, d’après ses sous-entendus), il faudra faire trois examens complémentaires : une radio des trompes et autre chose pour moi (j’ai oublié le 2ème), et un spermogramme pour Monsieur. Ah bon. En même temps, je ne tenais qu’à réguler mon cycle.

L’entretien a mal commencé, car travaillant dans le milieu médical, et me renseignant un peu à droite, à gauche, j’ai malgré tout eu le droit à toute une litanie de perles :

  • Ah mais où avez-vous lu ça ? Ah, mais il faudrait arrêter de lire
  • Et vous me perdrez 4/5kg, le surpoids est mauvais lorsqu’on veut concevoir
  • Mais vous n’êtes pas obligée de faire un régime, ré-équilibrez simplement votre alimentation pour commencer
  • Mettez-vous au sport. Et elle est tombée des nues quand elle a su que j’en faisais jusqu’à 4-5h par semaine, dans sa tête on lisait clairement qu’une grosse comme moi ne devait certainement pas faire de sport
  • Lorsque je lui parle de l’infertilité qui commence au bout d’un an sans réussir. Mais où avez-vous entendu ça… Quand elle a su d’où ça venait, c’est-à-dire d’une conférence scientifique très sérieuse, elle a bloquée… pour me sortir que franchement, les études statistiques
  • Mais il faudra absolument faire cette autre série d’examens, parce qu’entre votre IVG tardif et votre stérilet, comment peut-on être sûr que vos trompes vont bien ? (sous-entendu, pourquoi êtes-vous allée en Hollande?)

Je suis sortie du rendez-vous avec une ordonnance pour réguler mon cycle pendant 3 mois seulement, durant lesquels je devrai la revoir après avoir fait un bilan hormonal (entre le 2ème et le 5ème jour du cycle, dans un labo d’hormonologie, très pratique). Et c’est en lisant ce bilan qu’elle décidera ou non de prolonger mon traitement. Je suis donc contrainte de la revoir, en espérant arriver à prolonger le traitement hormonal… qui je l’espère n’a pas trop d’effets secondaires (mais à lire la notice, et quelques sites internet, cela a l’air correct).

L’entretien était assez tendu, car une telle arrogance, un tel paternalisme, était difficilement supportable, mais heureusement que j’en avais déjà beaucoup lu avant, car cela m’a permis de la laisser parler sans que cela ne m’atteigne de trop, mais quid des personnes plus fragiles ? Alors certes, ma généraliste m’avait glissé à demi-mot qu’humainement, ce n’était peut-être pas parfait avec elle, mais qu’elle était une excellente technicienne. Et vu mon état d’énervement en sortant, c’était bien la preuve qu’elle avait un souci avec l’humain. J’ai pleinement compris à quel point le milieu médical était paternaliste, et cela me rappelle une autre gynéco (tiens tiens) vue au moment de mon avortement, qui m’avait littéralement engueulé parce que je tenais absolument à avorter… A quand des gynécos compétents et humains ? Quand prendront-ils/elles conscience qu’un-e patient-e renseigné-e n’est pas forcément une mauvaise chose ?

Donc, merci à toutes les féministes de ma TL Twitter, car sans elles, je pense que je serais sortie du rendez-vous un peu démolie.

EDIT: renseignements pris sur le site de Winckler, apparemment, le Duphaston, que je dois prendre pour réguler mon cycle ne serait pas aussi efficace qu’on pourrait le croire. En effet, le Royaume Uni a arrêté de le commercialiser depuis 2009, faute de résultats suffisamment probants. Je ne vais donc pas tarder à regarder sur PubMed si je ne trouve pas des publications qui confirmeraient cela…

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