Faire le deuil de son accouchement à domicile

Comme je le disais plus tôt, je souhaitais au plus profond de moi accoucher à la maison. Je portais ce projet depuis deux ans, et je ne me voyais pas faire autrement, surtout avec une grossesse aussi « parfaite ». Sauf que le sort en a décidé autrement, juste un mois avant ma DPA.

phénotypage

Le 20 octobre, ma sage-femme consulte mon dernier grand bilan sanguin, notamment la partie à propos de mes anti-corps. Je la vois rapidement prendre son téléphone pour vérifier ce qu’elle lit, et ce que cela pourrait entraîner. Je fais partie de ces très rares personnes qui développent un certain type d’anticorps, qui peuvent être préjudiciables pour le bébé à venir. Elle essaie d’appeler un centre spécialisé à Trousseau, mais sans succès (logique pour un samedi). Elle essaie de m’expliquer ce que cela implique mais je ne retiens alors qu’une seule chose : mon AAD est très, très certainement compromis. Elle espère malgré tout que nous pourrons continuer à travailler ensemble, pour accoucher à son plateau technique, dans le 13ème, et non dans une maternité de niveau 3. Je n’entends pas cela, je suis tétanisée, je n’y comprends rien, pourquoi maintenant ? Pourquoi annuler si tard dans la grossesse ?

Les conséquences

Fort heureusement, mon taux d’anticorps est très faible, le risque d’anémie pour le bébé est quasi nul, toutefois, il/elle risque très fortement de développer une jaunisse importante durant ses 24 premières heures de vie. Et cela impliquera donc de le/la flasher avec une lampe toutes les quatre heures… TOUTES LES QUATRE HEURES (nuit comprise) !! Pauvre bébé. Comment créer le lien auquel je tiens tant ? Bon, tout cela sera toutefois conditionné aux résultats de l’analyse du cordon.
J’ai aussi dû faire une prise de sang pour déterminer mon groupe sanguin de manière ultra précise, afin qu’une poche soit prévue, en cas de besoin, car je ne peux recevoir n’importe quelle transfusion A+.

Un état de choc

Je me sens alors, pendant plusieurs jours, en véritable état de choc, incapable de réaliser, et mille pensées se bousculent dans ma tête. Comment vais-je réussir à rentrer dans ma bulle pour réussir cet accouchement physio ? Comment vais-je arriver à temps à la maternité ? Pourquoi me séparer de ma fille aînée pendant deux ou trois jours ? Comment va-t-elle le vivre ? Comment vais-je réussir à mettre l’allaitement en place, avec toutes les séances de flash ? Ces pensées ne me quitteront pas, et je suis incapable d’y voir clair, la douleur de ne pouvoir accoucher chez moi est trop forte, tant je comptais sur la piscine, sur ma chaine hi-fi pour la musique, sur la possibilité de m’occuper en cuisinant, en regardant une série… ou en restant tranquillement dans mon lit. Surtout pour un accouchement qui devrait être particulièrement rapide.

plateau technique
la salle d’accouchement ressemble un peu à ça

La visite de la clinique n’a pas vraiment arrangé les choses, la salle de travail ressemble tellement à celle que je voulais fuir, ça reste trop médicalisé pour moi (la baignoire n’est même pas dans la même pièce) La sage-femme a bien essayé de m’expliquer comment les femmes arrivent à faire un cocon dedans, ça reste trop petit, trop artificiel pour que je me sente chez moi.

Avec le recul, je réalise que je suis loin d’être la seule à me poser ces questions, tous les parents d’au moins un enfant doivent réfléchir à la logistique le jour J, mais la plupart ont plus de temps pour organiser tout cela, et préparer l’enfant. Je reste malgré tout inquiète du trajet pour arriver à la clinique, à quel moment partir ? D’autant que selon l’heure, il faudra attendre que ma mère arrive pour garder Claude… Il faudrait donc compter 45min/1h d’attente + à peu près le même temps pour arriver à la clinique. Presque deux heures de perdues. Je ne rêve que d’une chose : accoucher en semaine, quand Claude est chez sa nourrice… ça limitera d’autant l’angoisse.

Et maintenant ?

Cela fait deux semaines (qui m’ont semblé une éternité) que cette mauvaise nouvelle est arrivée, et après une semaine à somatiser cela par une superbe angine, je commence juste à remonter la pente. L’acceptation est en cours, la valise est presque prête (reste celle de Claude à faire), mais je ne suis toujours pas rassurée par la logistique. Ni par les 45min à passer dans la voiture pour arriver sur place. Bref, je suis un peu terrorisée par tout cet inconnu. A quel moment partir ? Comment gérer les quasi 2h d’attente ? Comment réussirais-je à accoucher là-bas, et non dans notre minuscule voiture ? Comment arriver à être optimiste, et transformer tout cela en une belle expérience ?

J’ai au moins progressé quelque part : je n’en veux pas au bébé, ni à mon corps, l’acceptation est là et on verra comment se passeront les choses. Je commence même doucement à lui dire qu’il/elle peut venir, je me prépare à sa venue. J’ai aussi préparé, dans ma tête, un petit message vidéo à envoyer à Claude quand tout se préparera, pour la rassurer, pour lui rappeler à quel point elle est importante.

Et vous, les parents d’un ou plusieurs enfants, comment aviez-vous géré la logistique le jour J ?

2 réflexions sur “ Faire le deuil de son accouchement à domicile ”

  • 5 novembre 2018 à 21 h 43 min
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    Bonsoir,
    j’ai accoucher des mes 2 enfanst en plateau techniques. J’ai beaucoup stressée pour mon deuxième pour savoir comment ça allait se passer pour que sa grand-mère vienne le chercher. Finalement j’ai perdue les eaux quand mon beau-frere etait là et il a amené mon fils chez sa mère.
    Et j’avais 40 min de route vers l’hopital et miraculesement, les contractions se sont espacées de 5 min contre 2 min avant et après le trajet. Par contre, ça m’a demandé de prendre sur moi et d’accueillir la douleur dans la voiture. Le point positif, en arrivant j’etas a dilatation complète!
    JE vous souhaite un bel accouchement! 🙂

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    • 7 novembre 2018 à 11 h 12 min
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      Merci beaucoup pour votre témoignage, qui me rassure. En partie ! Car la gestion de la douleur dans la voiture va être particulièrement difficile je le sens, car la position est très inconfortable… Mais bon, je n’aurai guère le choix.

      Réponse

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