Mon accouchement en plateau technique

Après un dernier mois rocambolesque, à cause d’une incompatibilité sanguine entre le bébé et moi, j’ai progressivement accepté l’idée d’accoucher en plateau technique, avec ma sage-femme. La visite de la maternité, trois semaines avant l’accouchement m’avait bien fait peur, tant ça ressemblait à la salle où j’avais accouché de sa grande sœur. Alors qu’en regardant d’autres PT ailleurs, on aurait pu avoir une salle tellement plus cosy. Tant pis, je n’ai pas le choix, alors j’apprends à accepter ce changement, bien aidée par ma psy.

Arrive le 15 novembre

S., ma sage-femme, était bien fatiguée, après de nombreux accouchements en peu de temps, dont un ce jour-là. Du coup, lorsque les toutes premières contractions arrivent, entre 20h et 21h, j’essaie de discuter avec le bébé pour lui demander d’attendre le lendemain matin, pour qu’elle puisse se reposer, et éviter un accouchement la nuit, l’une de mes plus grandes angoisses.

contractionEntre 21h et 23h30, ces contractions restent largement supportables, j’arrive à visualiser l’hyperbole qu’elles représentent (merci les livres !), pour les laisser monter, puis redescendre. Le ballon aide beaucoup.

A 23h30, je me rends à l’évidence, elles se rapprochent dangereusement les unes les autres, et je tergiverse tout de même pendant près de 30min, en hésitant à déranger S. Je décide finalement d’appeler d’abord ma mère, pour lui demander de venir dormir ici, pour garder ma fille aînée pour le reste de la nuit. J’appelle ensuite la sage-femme, pour l’informer que cela semble être pour cette nuit. Lorsqu’elle comprend que ça commence à appuyer en bas, elle s’inquiète car je ne dois absolument pas accoucher à la maison. Je la rassure, en lui disant que j’attendrai l’arrivée de ma mère dans un bain, qui calmera et ralentira les contractions, pour nous laisser le temps de venir.

Il est 1h quand ma mère arrive, je sors du bain, je m’habille tant bien que mal, entre deux contractions, et on part à toute vitesse vers la maternité. Heureusement, à cette heure-ci, cela roule particulièrement bien, mais ces 20/25min de trajet auront été atroces.

A 1h30, nous arrivons à la maternité, avant S. mais accueillis par une adorable SF, qui m’emmène dans la salle, et essaie de me détendre. Pendant 15min, je serais tétanisée, incapable de gérer les contractions, car je me revoie 2 ans avant, quand j’accouchais difficilement de ma première fille. Je suis complétement perdue, ces contractions me semblent insurmontables, je ne trouve pas de position « confortable ». Je m’installe d’abord « à l’anglaise », en broyant régulièrement la main du mari. Puis, l’arrivée de S. me calme un peu, et elle m’encourage à basculer à quatre pattes.

Sur le coup, je la maudis, car la douleur devient plus importante. Beaucoup plus importante. Mais toutefois, grâce au mari, parfois, j’arrive à me reposer entre deux contractions, pour arriver à la laisser venir et repartir. Mais pas toujours. Globalement, j’ai plutôt l’impression de perdre pied. De ne plus les gérer. Les contractions continuent à être plus fortes, plus rapprochées au point que j’essaie à un moment de mordre le doigt du mari, sans succès heureusement grâce à la SF ! « Ah non, interdit de mordre son partenaire ! »

Puis, à un moment, j’hurle que je n’y arriverai pas, je refuse ces contractions, je leur hurle NON, je n’en veux plus. La fameuse phase de désespérance, mais en revanche, sans aucune peur de mourir, simplement d’avoir l’impression de ne pas y arriver, d’être dépassée. Cela doit durer une dizaine de minutes peut-être. Moins ?

Puis, je le sens, je me souviens de mes lectures, et je crie que j’arrive au fameux cercle de feu. S. me dit que c’est impossible, ce n’est pas encore le cas. Je lui réponds que ça brûle quand même pas mal ! Elle ne dit rien, et me demande de quitter ma position recroquevillée pour me mettre vraiment à quatre pattes (elle doit comprendre que la fin se rapproche). Et là, le pompon pour les personnes extérieures, la douleur du bébé qui s’engage est tellement difficile à supporter que je tape des pieds sur le lit. Mouvement classique pour moi, mais vu de derrière, on voit une paire de fesses qui bougent avec des pieds qui s’agitent : difficile de retenir un fou-rire pour S. (mais elle y arrive), et lorsqu’elle croise le regard du mari, qui sourit, elle comprend que c’est un geste naturel et habituel chez moi.

Ce battement indique la fin. Une première « demi-contraction » enclenche la descente, durant laquelle, très gentiment, le mari essaie de me rappeler de penser au toboggan visualisé en hapto. Sur le coup, je n’ai rien dit, mais je pensais très fort « tu sais où tu peux le mettre ce toboggan ? ».

Une seconde contraction, et le bébé sort, sans aucune douleur pour moi, et avec une sensation indescriptible, que je n’oublierai jamais. L’impression de sortir une saucisse de mon vagin ultra lubrifié ? Ou lorsque j’évacue mes sex toys ?

Et elle crie immédiatement, ce qui me rassure tellement par rapport à sa sœur qui n’avait pas crié et m’avait terriblement inquiété. Le temps de me retourner, en prenant bien soin de ne pas l’écraser, je me retrouve avec ma seconde fille, et il me faut un peu de temps pour encaisser toutes ces émotions. Il est 2h42, je n’aurais « travaillé » qu’1h40 à la maternité pour cette première partie !

Puis, drôle de sensation, le cordon sur le clitoris, lui aussi en feu ! Impossible de trouver une position correcte, le temps de l’expulsion du placenta, autre partie peu agréable, avant les premières contractions des trachées.

Mais je profite de ma fille, si fine, si petite, mais si rose (finalement, elle ne fera aucune jaunisse). Et pendant deux heures, impossible de se décider parmi les deux prénoms finalistes. Nous pensions attendre quelques heures de plus, mais des analyses du cordon nous imposent de choisir plus rapidement : bienvenue chère Sixtine Julie.

Et ensuite ?

Il se trouve que j’étais porteuse du streptocoque B, et la rapidité de l’accouchement nous a empêché de me donner des antibiotiques pendant le travail : pour éviter une transmission au bébé, il aurait fallu m’en donner pendant plusieurs heures. Par conséquent, une prise de sang réalisée plus de 24h après la naissance révèle une éventuelle contamination du bébé. Et manque de bol pour moi, je tombe sur deux pédiatres qui m’obligent à rester HUIT jours à la maternité. HUIT JOURS ! Autant dire une éternité. Cette semaine aura été très longue, nous aura coûté très, très cher (et encore, heureusement que j’avais négocié le prix de la chambre simple avant), mais m’aura permis de me reposer.

Finalement, Julie n’aura pas eu le streptocoque. Ni la jaunisse tant redoutée après notre incompatibilité sanguine mutuelle. Cela fait un mois qu’elle est née, et comme pour sa sœur, cela aura été très long et difficile à vivre : je déteste cette période d’absence d’interaction. Mais je connais une association parentale, j’ai donc plusieurs rendez-vous intéressants chaque semaine, je devrais arriver à me sentir moins seule qu’il y a deux ans. Heureusement, car je suis encore à la maison jusque mi-mars.

D’ailleurs, la personne qui a inventé le terme de congé maternité n’a certainement jamais vécu cette période. Je ne vois pas en quoi cela ressemble à des congés ?

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