L’allaitement, quand le corps veut bien, mais pas la tête

A la naissance de Claude, j’ai essayé de l’allaiter, persuadée que c’était ce qu’il y avait de mieux pour elle. J’étais alors dans une usine à bébés, et le personnel, insuffisant, n’a pas su m’aider, me motiver et être là quand j’avais besoin d’aide. La douleur était telle que deux jours après sa naissance, en pleine nuit, j’ai essayé le tire-lait, mais mes tétons étaient trop à vif, même cela était insupportable. Alors, de guerre lasse et épuisée après ces deux jours de bataille, de douleurs, j’ai capitulé, et je suis passée aux biberons.

Je m’étais alors jurée que cet échec, jamais digéré, ne se reproduirait pas, et que notre second enfant serait allaité.

Une préparation pendant la grossesse

Entre temps, je me suis renseignée, j’ai vu une consultante IBCLC pour identifier les bonnes postures, et que faire pendant les premières heures après la naissance. J’ai lu aussi. Beaucoup. Et je savais que la première semaine était la plus critique, qu’il fallait que j’arrive à la dépasser, pour arriver à la montée de lait. Malgré la grande quantité d’informations reçues, j’avais retenu comment positionner la tête du bébé, comment lui ouvrir la bouche, penser à vérifier son éventuel frein de lèvre, comment m’installer, etc… J’avais aussi du « matériel » : un tube de lanoline, des téterelles en silicone, et une robe légère pour rester seins nus.

Dans ma tête, tout était clair : cette fois-ci, j’y arriverai. J’étais prête et encore plus motivée, tout en ayant, entre temps, compris et accepté ce qu’il s’était passé avec Claude.

Puis, le 16 novembre est arrivé, l’accouchement s’est très bien passé (post à venir !), avec une petite Sixtine (que nous appellerons… Julie ici) et l’allaitement a pu se mettre en place. Enfin, en partie, car il m’a fallu quelques jours pour bien installer ma fille.

La mise en place de l’allaitement

La première mise au sein était difficile, comme je le savais, cela provoquait de nombreuses contractions douloureuses pour contracter l’utérus après l’accouchement, mais les hormones m’ont permis de tenir. Puis, la douleur est revenue, identique à celle de sa grande sœur, toujours la même sensation que l’on me coupait les tétons aux ciseaux. Mais, grande différence, Julie tétait bien mieux, j’entendais sa déglutition, et je la voyais ouvrir la bouche à peu près correctement. Il m’a fallu une volonté de fer pour dépasser cette douleur, autrement plus forte que l’accouchement (pourtant, intense et sans péri). La seule fois où j’ai connu une douleur aussi forte était pendant mes crises de calculs biliaires. Je m’accrochais, mais étonnement, sans pression : à chaque jour, ses tentatives, sans me donner d’objectif de durée.

Il se trouve qu’en temps normal, hors grossesse, j’ai une poitrine particulièrement insensible. Au lit, il faut me mordre les tétons assez fort pour que je ressente du plaisir. Dans la douche, je ne ressens rien quand le pommeau de douche passe sur les seins. Je peux aussi les compresser assez fort, sans douleur. Alors, quand l’allaitement se met en place, cette sensation est toute nouvelle pour moi, le cerveau doit s’habituer à ces nouvelles sensations mammaires. Certes, ces douleurs insupportables ne durent que deux ou quatre jours, mais après, je dois apprendre à vivre avec ces picotements quand Julie boit.

La mise en place de l’allaitement a aussi été aidée par le personnel de la clinique, assez bien formé sur cette problématique, et surtout, en nombre suffisant pour venir régulièrement me voir. Contrairement à l’usine d’Antony (oui, je suis assez opposée aux fermetures des petites maternités, mais ceci est un autre débat). Toute l’équipe m’a soutenu dans ma démarche, que je souhaite continuer ou non, en repositionnant la bouche de Julie, en me donnant des biberons la nuit quand je ne tenais plus, sans le moindre jugement, ou en me proposant de me la prendre pour me laisser dormir quelques heures. Ces professionnelles, leur gentillesse, leur disponibilité m’ont permis de passer le cap des tous premiers jours.

Et le cerveau s’en est mêlé

Une fois l’allaitement (mixte) à peu près mis en place, pour ma première victoire de canard donc, j’ai commencé à me demander si je voulais vraiment continuer. Plusieurs choses me gênent et m’empêchent d’aimer allaiter :

  • de base, j’ai horreur de voir mes seins. Vraiment. Autant ma poitrine est jolie dans un soutien-gorge, et me permet d’avoir un beau décolleté, autant depuis l’adolescence, je déteste leur forme tombante, absolument pas harmonieuse (au grand dam de tous mes partenaires, tous amoureux de ce généreux attribut). Allaiter m’oblige à sortir un, voire deux, sein(s) de nombreuses fois par jour. Ils sont également tellement lourd que le geste de les sortir m’oblige à être assez peu délicate (genre : et bam, prends mes seins dans le visage)
  • conséquence de ce point précédent : je me sens incapable d’allaiter en public. Le faire devant le mari est même assez difficile pour moi. Et ce, malgré mon impudeur habituelle. Et alors que je défends largement la possibilité pour toutes les femmes d’allaiter où elles le souhaitent, quand elles le veulent. Mais impossible pour moi d’imposer ma poitrine nue aux autres.
  • sans allaitement mixte, point de liberté : je suis la seule à pouvoir nourrir ma fille. Quid des sorties sans elle ? Sans le mari ? Cette obligation de devoir être toujours près de ma fille m’a fait très peur
  • enfin, la longueur des premières tétées : je suis souvent restée près d’1h, voire 1h30 avec ma fille sur mes seins. Alors l’imaginer collée à moi toutes les nuits, plusieurs heures de suite, impossible.
allaitement
la douleur de l’allaitement

Cela fait presque un mois que Julie est née, et je n’aime toujours pas allaiter. Je déteste vaguement moins qu’au début, surtout en me retrouvant seule, mais je n’aime toujours pas cela. Pourtant, je continue à lui donner le sein 2 ou 3 fois par 24h, car je reste persuadée que cela lui apporte énormément de choses pour ses défenses immunitaires. De l’importance de la pression sociale, entre autre liée à ce fameux « retour à la nature » (qui a quelques éléments intéressants) : heureusement que j’habite en France, où l’allaitement est largement moins pratiqué qu’ailleurs, car cette pression reste légèrement moins forte.

Je me retrouve donc en face d’un dilemme : dois-je continuer à l’allaiter quelques fois par jour, ou complètement abandonner pour passer uniquement au lait artificiel ? Une semaine que je me pose cette question, à laquelle je n’arrive pas à trouver de réponse. Les choses seront peut-être plus claires après une séance chez ma psy, qui sait ?

Vous vous êtes déjà retrouvée dans cette situation ? Vous connaissez des personnes à qui cela est arrivé ? D’après le HuffPost, non, je ne suis clairement pas la seule 😉

 

2 réflexions sur “ L’allaitement, quand le corps veut bien, mais pas la tête ”

  • 14 décembre 2018 à 17 h 13 min
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    Coucou, je ne suis pas encore maman mais j’avoue que l’étape de l’allaitement m’effraye un peu. Moi même, j’ai la poitrine assez insensible, c’est pas vraiment érogène, pas vraiment douloureux non plus. Mais je n’avais pas imaginé que cette zone puisse être aussi sensible lors de l’allaitement ! Autour de moi, je n’en ai pas entendu parler, mais peut-être par tabou, culpabilité d’être une « mauvaise mère ». Que neni… merci pour ton témoignage, j’en parlerai à mes copines déjà maman pour recueillir leur parole et leur sensations 😉

    A bientôt,
    Line de https://la-parenthese-psy.com/

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    • 15 décembre 2018 à 22 h 38 min
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      Coucou.
      Merci pour ton commentaire.
      Pour la sensibilité au moment de l’allaitement, je ne m’y attendais pas pour la première, j’étais un peu mieux préparée pour le second bébé, mais c’est resté très difficile. D’autant que dans l’absolu, c’est complètement idiot que le corps devienne à ce point sensible, c’est le meilleur moyen pour nous empêcher de continuer (et je crois que c’est l’une des causes de l’abandon).

      Réponse

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