Greusard

« Enceinte tout est possible » de Renée Greusard

LE livre à lire quand on veut un enfant, ou que l’on est enceinte… si l’on souhaite une lecture différente du Laurence Pernoud. Des quatre livres lus pour l’instant sur la grossesse, c’est de loin celui que j’ai préféré. Et de très très loin : je l’ai dévoré en 4h.

En quoi ce livre se différencie-t-il des autres ?

Je n’ai pas lu le fameux Laurence Pernoud, je ne peux donc savoir si elle parle de certains thèmes abordés par Renée Greusard, mais j’ai beaucoup aimé le style du livre. Si on voulait le pitcher, on pourrait le surnommer « Le journal d’une Bridget Jones enceinte et féministe » car l’autrice mélange un style littéraire proche de ces livres journaux intimes, avec un nombre impressionnant de références scientifiques, d’interviews de chercheurs, médecins et autres recherches historiques.

Renée Greusard, journaliste trentenaire chez Rue 89, nous raconte ainsi toutes les péripéties de sa grossesses, depuis ses tentatives de conception, jusqu’à l’allaitement de son bébé. Chacune de ses interrogations est l’occasion de réflexions avec ses amies, sa super gynéco, ou des médecins rencontrés grâce à son métier. Et mine de rien, même si l’on s’est déjà renseigné-e sur tous ces bouleversements, ce témoignage est passionnant, que ce soit pour les femmes concernées, ou pour certains extraits pour les parents: elle raconte souvent les réactions de la génération de nos parents, bien moins surveillée que la nôtre, que ce soit par des conversations, ou en s’appuyant sur le Pernoud de 1987.

C’est ainsi que j’ai appris / découvert en vrac :

  • pourquoi la toxo était si surveillée maintenant et pas avant : jusqu’aux années 80/90, l’immense majorité de la population était naturellement immunisée, puisque tout était moins aseptisé que maintenant (chapitre 4). En abordant ce sujet, l’on suit un échange entre Renée Greusard et Mathieu Tourdjman1, qui explique pourquoi on ne peut immuniser toutes les femmes contre la toxo (p77-78), à cause de liens entre toxo et troubles du comportement.
  • j’ai été passionnée par l’étymologie des termes grossesse et « tomber enceinte » (chapitre 2), et par ses échanges avec sa gynéco, qui conclut que notre génération a ce slogan tellement juste :

un-enfant-quand-je-pourrais-au-niveau-de-ma-vie-sociale-avec-un-mec, des-conditions-matérielles-vivables-et-surtout-si-j’y-arrive

  • avec la série Call the midwife, j’ai découvert le basculement entre l’accouchement à domicile et à l’hôpital, avec progressivement une prise en charge de cet acte par les médecins hommes, et plus par les matrones et les sage-femmes. Ici, Renée Greusard nous confirme que le basculement s’est fait dans les années 60, puisqu’en 1950, d’après le Dr Thierry Harvey2 qui raconte les souvenirs de ses mentors :

A Paris, il y avait deux obstétriciens pour faire les césariennes ou les forceps. Je répète : deux obstétriciens. Ils se baladaient d’hôpital en hôpital avec leur mallette à outils.

  • le chapitre qui m’a le plus intéressé concerne ses recherches sur l’alcool et la grossesse (chapitre 7). Au tout début de ma grossesse, je m’étais renseignée sur une consommation très modérée d’alcool, et mes résultats étaient assez maigres : je tombais principalement sur le syndrome d’alcoolisation fœtale, mais quasiment jamais sur une très faible consommation. Ici, l’autrice commence par comparer l’attitude française avec celle de nos voisins européens, où l’on peut modérément boire, puis nous confie que plusieurs médecins ont un double discours, l’un officiel prônant l’interdiction totale, l’autre reconnaissant qu’un verre très occasionnel ne semble pas avoir de conséquences sur l’évolution du fœtus. A ce moment-là, elle conclut par un petit laïus très percutant, issu d’une conversation avec Martin Winckler:

La France est un pays féodal. L’alcool est très associé à la pauvreté. Ce sont les pauvres qui boivent. Donc ce sont les enfants de pauvres qui sont retardés parce que les parents boivent. L’alcoolisme de salon pour une femme enceinte, ça va. Un verre de champagne, c’est une boisson noble, ça ne peut pas faire de mal à son bébé. Par contre, si c’est un rouge qui tache servi au café du coin, c’est une misérable. C’est complètement idéologique et ça n’a rien de scientifique.

  • Grâce aux très nombreuses études citées par Renée Greusard (celle d’Yvonne Kelly en Angleterre, puis celle de Marie-Josèphe Saurel-Cubizolles chercheuse à l’Inserm en autres), chaque femme enceinte peut alors se faire sa propre opinion. Après ces approfondissements personnels, m’autoriserais-je alors un verre mensuel ? 😉 A suivre.

J’ai aussi beaucoup aimé ses découvertes des forums de Docti, racontées avec beaucoup d’humour.

Pour résumer

J’ai adoré ce livre, par sa complémentarité avec ceux qui sont plus techniques, mais surtout par sa démarche résolument féministe, qui questionne également la sur-médicalisation de la grossesse. Je le conseillerai aux personnes qui souhaitent comprendre comment la perception de la grossesse a évolué depuis nos mères, aux couples qui souhaitent avoir un bébé, pour comprendre ce dans quoi ils s’aventurent.

Enceinte, tout est possible, JC Lattés, 16€


1 Mathieu Tourdjman, médecin épidémiologiste de veille sanitaire à l’INVs

2 Thierry Harvey, obstétricien aux Diaconesses (75012)

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2 Comments

  • Florence 21 juin 2016 at 20 h 42 min

    Merci pour cet article! Je suis en train de dévorer ce livre. Avec mon conjoint, nous essayons d’avoir un enfant et ce livre tombe vraiment au bon moment. Encore merci! Florence

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    • Elizabeth 22 juin 2016 at 14 h 29 min

      Oh mais de rien, je suis ravie qu’il vous ai plu. Je trouve qu’on devrait conseiller ce livre à de nombreux futurs parents. Je vous souhaite d’y arriver rapidement.

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