instinct maternel

L’instinct maternel existe-t-il ? Ou est-ce une construction sociale ?

Avant d’être enceinte, puis d’accoucher, je n’avais aucun intérêt particulier pour les nouveaux-nés, mais je savais que cela ne serai pas un problème dans ma parentalité : avec mon / mes enfant(s), ce serait différent. Ayant lu avec beaucoup d’intérêt Le conflit, de Badinter, je savais que l’instinct maternel n’était pas forcément inné chez toutes les femmes, et que cela pouvait alors soit prendre un peu de temps pour qu’il se développe, soit ne pas arriver.

De mon côté, aucune inquiétude : connaissant ma capacité à donner de l’amour, je savais que j’aimerai l’enfant à venir. Et cela a bien été le cas : même si le premier mois a été difficile, même si je n’aimais pas trop m’occuper de ma fille, l’amour que je lui portais se renforçait progressivement. Deux mois plus tard, je sais maintenant faire la différence dans ses différents pleurs, et y apporter la réponse adéquate (autant que possible). Mais je ne suis pas la seule : le père aussi commence à bien les différencier. Pourtant, il passe beaucoup moins de temps que moi avec elle. Et cela confirme alors mon intuition, proche de celle de Badinter, qui affirme depuis les années 80 qu’il n’existe pas d’instinct maternel, que celui-ci serait imposé aux femmes par la société, afin de les pousser à se reproduire. Ainsi, dans son livre Le conflit, elle rappelle les abandons d’enfants très nombreux jusqu’à la fin du XVIIIème siècle, qui seraient dus à de nombreuses causes : pauvreté, enfant illégitime, grossesse non désirée… Elle reproche à la société qui, depuis le XIXème siècle, semble avoir fait croire aux femmes qu’elles étaient essentiellement faites pour être mères, avant d’être / de rester femmes. En suivant cette logique, cela accompagnait une politique nataliste, pour permettre à la France de se (re)peupler, à une période où la force d’une nation se mesurait à la taille de sa population. Cela permettait également de favoriser une société dans laquelle chaque genre occupait une place bien précise.

Toutefois, depuis 1981, la thèse de Badinter est régulièrement débattue, notamment par la chercheuse Sarah Blaffer Hrdy (Les instincts maternels), dont la formation d’anthropologue lui permet de s’appuyer sur des données biologiques et spécistes. Selon cette dernière, il existerait bien un instinct / inconscient maternel, qui se construit progressivement durant la grossesse et après, à l’aide de modifications hormonales, mais également par l’aide reçue par la mère à la naissance de son enfant. Si une mère ne reçoit pas l’aide nécessaire pour se remettre de son accouchement, et la soulager durant les semaines qui suivent, alors sa relation avec son enfant peut être perturbée, au point de ne pas se comporter correctement avec lui / elle.

Toutefois, un argument de Blaffer Hrdy conforte mon idée qu’il vaut mieux parler d’instinct parental plutôt que maternel. Si un père se retrouve très impliqué à la fin de la grossesse de sa femme, s’il peut continuer une relation presque fusionnelle dans ce nouveau triangle, alors lui aussi subit des modifications hormonales: son taux de prolactine peut augmenter, et celui de la testostérone diminuer.

Ainsi, deux mois après la naissance de Claude, je n’ai pas l’impression d’avoir acquis ou découvert une sorte d’instinct maternel, mais je pense que ma proximité quotidienne et permanente avec elle m’a permis d’apprendre à la décoder, à savoir ce dont elle avait besoin. Cette sensation d’apprentissage et non d’instinct est très certainement due à la manière dont elle est nourrie: ne l’allaitant pas, je ne ressens aucun sentiment pulsionnel de protection. J’ai plutôt l’impression d’apprendre ce qui est bon pour elle, et de l’aider ainsi. Cet apprentissage ne se fait pas seul, mais à deux, même si maintenant, ma longue proximité avec elle me permet de mieux la comprendre que son père. Je reste toutefois persuadée que cet apprentissage peut parfaitement se faire pour un père célibataire, tout comme il se fait pour une mère adoptante. Ce doit être inconsciemment pour aider le père à mieux comprendre sa fille que je les laisse très souvent en tête à tête le soir: cela me permet de faire autre chose, de recharger mes batteries, et de leur permettre de construire leur relation.

Cette construction de la parentalité à trois nous permet d’apprendre à nous connaitre, nous comprendre, sans pour autant culpabiliser parce que rien de cela ne vient du fond de nos tripes. Cela permet aussi de construire notre parentalité dans le dialogue, pour trouver ensemble des réponses à nos questions. Et enfin, cet apprentissage commun, ensemble, me permet de laisser ma fille seule avec son père sans aucune inquiétude, il en sait (presque) autant que moi.

Pour les mères et belles-mères qui me lisent, avez-vous eu l’impression de découvrir (ou non) votre instinct maternel, soit durant la grossesse, soit après la naissance ?

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5 Comments

  • Léna 14 novembre 2016 at 9 h 59 min

    Bonjour,
    Dans l’idée je suis assez d’accord avec toi (même si la simple mention de Badinter me hérisse le poil, autre débat).
    Pendant la grossesse j’ai toujours pensé, scandale inside, que s’il fallait choisir entre ma vie et celle de mon bébé, je choisissais la mienne.
    Les circonstances de la naissance de numéro 1, ont fait qu’on a été séparé immédiatement et pour plusieurs jours. Quant il m’a été rendu, c’était un inconnu. Je ne l’ai pas salué comme mon fils, je ne savais pas répondre à ses besoins. Je m’en sentais « responsable »à la manière du Petit Prince. Et puis j’ai appris, et puis je l’ai aimé du fond de mes tripes et aujourd’hui si je devais choisir entre ma vie et la sienne, ce serait la sienne sans hésiter.
    Pour numéro 2, un accouchement simple, tout a coulé de source, je savais la nourrir, m’en occuper, plus globalement répondre à ses besoins. Je n’y vois pour autant pas d’instinct maternel mais le fruit de l’expérience du premier.
    J’arrête là, sinon je vais écrire une vraie dissertation.
    Belle journée à toi

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    • Elizabeth 15 novembre 2016 at 15 h 59 min

      Je suis d’accord que Badinter a dit d’énorme bêtises dans sa vie, mais je lui accorde le crédit d’avoir réussi à aborder la question de l’instinct maternel, pour essayer de démontrer à quel point cela aurait été « inventé » pour forcer les femmes à enfanter. Après, je peux me tromper, elle n’était peut-être pas la première à le dire.
      Comme toi, je pensais d’abord à moi pendant ma grossesse, mais maintenant, ma fille est la personne la plus importante au monde. Je comprends parfaitement ta difficulté à aimer ton fils, même si l’amour parental n’est pas immédiat, il arrive souvent très très rapidement après la naissance, quand on peut rester tout le temps avec son bébé.

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      • Léna 15 novembre 2016 at 17 h 31 min

        Juste pour compléter Élisabeth Badinter n’était pas la première à révoquer l’existence de l’instinct maternel Simone de Beauvoir le faisait déjà en 1949 dans son livre Deuxième sexe.
        C’est un sujet complexe qui pourrait être débattu longtemps, je ne suis pas sûre que c’était le but premier de ton article.
        Belle soirée à toi

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  • Pierre 14 novembre 2016 at 18 h 31 min

    D’accord avec toi. Sur des réseaux sociaux quand je dis qu’il n’existe pas d’instinct maternel, je me prendre pour un nul et dans ce cas je leur dis de retourné aux fourneaux pour les calmer. C’est bête mais au moins ça calme et j’explique mon point de vue. Que c’est simplement une construction sociale et rien d’autre et que s’il existait vraiment où il n’y aurait pas tous ces forums d’entre aide pour maman.

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    • Elizabeth 15 novembre 2016 at 16 h 01 min

      Tu n’es pas obligé d’être aussi brutal pour imposer ton point de vue. D’autant qu’en tant qu’homme tu peux te permettre de répondre ainsi sans être traité d’hystérique. Quand une femme essaie de s’imposer comme toi, on la traite de tous les noms, et personne ne l’écoute. Donc, plutôt que d’imposer tes arguments par la force, essaie plus tranquillement, en acceptant la contradiction.

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