ivg

Mon IVG, 6 ans plus tard

Aujourd’hui, cela fait 6 ans que je suis tombée enceinte, ce que je ne découvrirai que 2.5 mois plus tard. Maintenant que tout cela est assez loin derrière moi, je voulais en reparler, à tête plus reposée, pour témoigner…

Un parcours de la combattante

J’ai découvert que j’étais enceinte à 9 ou 10 semaines, et je pense avoir suivi le parcours de beaucoup de femmes, qui rencontrent une incompréhension totale du milieu médical. Mon premier réflexe a été d’appeler ma gynéco, mais malgré mes larmes, sa secrétaire a refusé de me la passer, ni de me donner un rendez-vous d’urgence. Elle m’a envoyé vers une autre gynéco, qui a accepté de me prendre en urgence. Rendez-vous classique d’une anti-avortement, qui m’a évidemment fait écouter les battements du cœur du fœtus, et m’a accusé de vouloir faire subir une véritable boucherie à mon corps. Profondément abattue, je cherche sur internet les coordonnées d’un planning familial, mais malheureusement, je pense être tombée sur une mauvaise « association » puisqu’on m’a donné les coordonnées d’un médecin qui, lors du rendez-vous, m’a reproché d’être venue sans avoir consulté un anesthésiste, persuadé que toute femme SAIT qu’elle devra être sous anesthésie générale pour l’opération. Trop près du terme français, il a évidemment refusé de « m’opérer ».

Mon père m’a emmené ensuite à l’hôpital (cruelle ironie, à la maternité où je suis née), simplement parce qu’il ne savait pas quoi faire. Et là, la dernière écho réalisée a confirmé que j’avais dépassé le délai d’un jour ou deux, et qu’il était donc strictement impossible de faire quoi que ce soit. Cependant, l’infirmière, comprenant et partageant ma douleur m’a donné les coordonnées du « vrai » planning familial, avec une antenne près de la Bourse. Et là, j’ai enfin rencontré toute l’écoute dont j’avais besoin, après 2 semaines d’enfer auprès du corps médical français. La personne en face de moi a été la première à me demander de raconter toute mon histoire, comment j’en étais arrivée là, et à s’assurer que cette discussion m’aiderait à être plus rassurée. Elle m’a ensuite donné les coordonnées d’une clinique hollandaise, avec laquelle le Planning familial a (avait ?) une sorte de partenariat, qui me permettrait de bénéficier d’un tarif un peu réduit.
Quelques jours plus tard, mon père m’emmenait en voiture là-bas, où j’ai rencontré des gens incroyables, une équipe qui parle plusieurs langues, et où, pour la première fois, on m’a dit que j’étais courageuse, et surtout, que je faisais le bon choix. L’opération s’est très bien déroulé, puisque je n’ai ressenti aucune douleur après, ni même les quelques jours qui ont suivi. Je reste persuadée que si finalement, je me considère comme une femme qui a bien vécu son IVG, c’est grâce à l’écoute, à la gentillesse, à la générosité, et au professionnalisme de cette équipe hollandaise (mais également grâce au soutien de mon père* et de mon psy). Je rêve d’une France où les femmes pourraient toutes avoir des professionnels aussi compréhensifs qu’eux.

Oui, on peut découvrir sa grossesse à 10 semaines, il suffit d’avoir un cycle naturel de presque 3 mois. Mon compagnon était parti peu après que je tombe enceinte, et j’ai découvert ce qu’il m’arrivait évidement au moment de la trêve des confiseurs, à Noël, quand il n’y a plus personne dans les hôpitaux pour te prendre en urgence. C’était il y a 6 ans, je n’ai aucun regret, aucune séquelle, mais je ne comprends pas pourquoi le corps médical n’est pas mieux formé à l’écoute.

ivgDe temps en temps, je me demande à quel point ma vie aurait été bouleversé si je n’avais pas pu avorter : jamais je n’aurais rencontré M. Presque Parfait, je n’aurais certainement pas pu m’épanouir au travail, et je n’aurais également jamais rencontré mes ami-e-s actuelles. Sans compter que j’aurais dû élever cet enfant en habitant encore chez mon père… Bref, l’horreur !

Je sais que les réactions corporelles sont très différentes d’une femme à l’autre, mais je pense que le mien me faisait passer un message : celui d’avoir pris la bonne décision.

* Si jamais vous accompagnez quelqu’un en Hollande, n’oubliez surtout pas de prendre de quoi vous occuper. Mon père a trouvé le temps trèèèèèès long car il n’avait pas pris de livre.

Rendez-vous sur Hellocoton !

23 Comments

  • Delia 5 septembre 2014 at 19 h 43 min

    Moi je trouve ça fou qu’en France avorter soit si mal vu. Il m’est arrivé une fois d’avoir un souci de contraception, et pour être certaine malgré mes précautions de de pas tomber enceinte, je me suis rendue à la pharmacie pour demander une pilule du lendemain. Réponde de la connasse de pharmacienne qui ne m’avait même pas demandé comment j’en était arrivée là : « vous savez, les capotes ça existe » assorti d’un machouillage de chewing gum et d’un regard condescendant. Et ma main dans ta gueule? Je suis assez sidérée par les réactions de certaines personnes du corps médical. Quand on ne veut pas tomber enceinte ou qu’on ne souhaite pas garder un enfant, on est déjà assez stressée/mal comme ça, pas besoin de se faire rabaisser par des personnes qui n’ont même pas cherché à se renseigner sur notre cas ! Je n’ai jamais vécu l’avortement, mais sincèrement, vu ton expérience je n’ai pas grand hâte!! L’ivg est autorisée, mais on dirait que c’est un crime punissable moralement, que les pilules défaillantes n’existent pas, que les grossesses se déclarent au bout de 3 jours de façon visible, et que décider de ne pas garder un enfant non désiré est criminel. Pour moi, ce qui est criminel, c’est de garder un enfant pour ne pas s’en occuper et finir à terme par se et le rendre malheureux. Après tout, si on va à l’hosto pour un ivg, je doute que ce soit en se disant « chouueeeeette, j’vais aller me faire charcuter l’zutérus toussaaa ». C’est courageux de te part d’en parler si librement! Des bisous à toi! (et à ceux qui disent que tu as vécu ça avec légèreté, j’pense pas que le fait de devoir finir chez un psy pour réparer les dégats collatéraux aille dans ce sens!)

    Reply
    • Elizabeth 24 septembre 2014 at 8 h 09 min

      Merci Délia pour ton commentaire. Je partage avec toi le problème du jugement du personnel médical et pharmacien. Il m’est arrivée une fois de partir en vacances en ayant oublié ma plaquette de pilules, et de me faire engueuler par le pharmacien, qui ne comprenait pas que j’insiste pour avoir une contraception malgré une absence d’ordonnance. J’étais tellement stressée que je n’ai pas su lui demander s’il valait me donner une plaquette de pilules ou me laisser éventuellement avorter.

      Reply
  • Véronica 23 septembre 2014 at 8 h 32 min

    Je pense que le sujet de l’avortement ne doit pas être abordé à la légère et dans ton témoignage, il y a quelques zones d’ombre. Tu dis être tombée enceinte un 23 septembre et tu l’aurais « découvert » 2 mois et demi après, ce qui veut dire début décembre et non pendant noël. Tu expliques le fait que tu ne t’en es pas aperçue en disant que tes cycles durent 3 mois, mais quel contraceptif prenais-tu? N’as tu pas eu de symptômes? Tu ne parles pas de la réaction de ton compagnon.

    Reply
    • Elizabeth 23 septembre 2014 at 15 h 58 min

      @Véronica : Tu dis donc qu’on doit forcément aborder le sujet de l’avortement avec du pathos ? En souffrant ? Sais-tu qu’il existe des personnes qui ne souffrent pas de leur avortement ? Que ça peut être un réel soulagement ? Quant au reste de tes remarques, cela concerne ma vie privée, mes choix et ils n’ont pas à être jugé.

      Reply
  • Fala 23 septembre 2014 at 11 h 50 min

    C’est génial d’avoir parfois des avis positifs sur l’ivg :). Je compatis pour les cycles long j’ai mes règles trois fois par an avec ou sans mon implant…

    Reply
    • Elizabeth 23 septembre 2014 at 15 h 57 min

      Merci ! Je suis d’accord, les témoignages positifs sont bien trop rares, et c’est aussi l’une des raisons qui m’ont poussé à écrire.

      Reply
  • Canalis 23 septembre 2014 at 11 h 53 min

    Je pense aussi que tu as pris la bonne décision 🙂 Même si tout t’encourageait à mener ta grossesse à terme, tu as su t’accrocher et prendre ton corps (et ton destin) en main.

    Reply
    • Elizabeth 23 septembre 2014 at 15 h 56 min

      Oui, tous les bâtons que l’on m’a mis dans les roues auraient pu me décourager, mais rien, rien, ne pouvait me motiver à le garder.

      Reply
  • Ragnagna 23 septembre 2014 at 12 h 53 min

    Actuellement enceinte, ce que je trouve ironique c’est qu’ils t’aient refusé l’avortement pour 2 jours, alors que dans mon cas il y a un écart de 10 jours entre ce que je pense être le début de la grossesse (j’ai été malade toute une aprèm sans raison – vertiges, chaleur, fatigue, etc.) et ce que le gynéco dit être le début de la grossesse (« mais non madame vous ovuliez », c’est pas comme si j’ovulais tous les mois depuis mes 11 ans sans jamais avoir été malade…). Comme s’ils pouvaient réellement dater le début de la grossesse et la date de l’accouchement (ça se saurait si les dates prévues étaient les dates réelles). Mais c’est un mal pour un bien, au moins tu as été bien accompagnée en Hollande, c’est juste triste de voir qu’il faut changer de pays pour être bien traité.

    Reply
    • Elizabeth 23 septembre 2014 at 16 h 05 min

      Parmi les médecins vus, je pense que les deux premiers ont réagi en accord avec leur conviction personnelle, sans tenir compte de ma situation, ni de leur serment d’Hippocrate. La dernière personne française rencontrée a peut-être eu peur que me permettre d’avorter si près de la limite pourrait se retourner contre elle.

      Reply
  • Justine 23 septembre 2014 at 13 h 04 min

    C’est quand même dingue qu’on en soit encore là en 2014!!!

    Reply
  • Janique 23 septembre 2014 at 13 h 35 min

    Désolée mais je ne trouve rien de positif à ce témoignage. Nous sommes au 21ème siècle, dans un pays où nous avons la chance d’accéder à des moyens de contraception efficaces. Pour moi l’ivg n’est à envisager qu’en dernier recours, en cas de viol, de maladie ou d’extrême pauvreté.Qu’est ce qui te dit que tu aurais eu une vie si horrible si tu n’avais pas avorté?

    Reply
    • Ragnagna 23 septembre 2014 at 15 h 00 min

      J’avais juste envie de dire en passant qu’entre efficaces et infaillibles il y a une différence qui parfois prend la forme d’un enfant non désiré…

      Reply
      • Elizabeth 23 septembre 2014 at 16 h 05 min

        @Janique : la remarque de Ragnagna est juste parfaite. J’ajouterai que si je ne me permets pas de juger de tes opinions clairement anti-choix, tu n’as pas à juger de mon choix. Chaque personne doit avoir la liberté de faire ce qu’elle souhaite.

        Reply
        • Janique 23 septembre 2014 at 17 h 16 min

          @Elizabeth: Tu ne veux pas qu’on te juge, mais tu exposes ton témoignage sur internet, qu’attends-tu de tes lectrices alors? Je ne suis pas anti-choix, je suis juste anti-enfantillage. Lorsque l’on est adulte, on fait des choix. Si tu as un moyen de contraception et qu’il échoue, je peux comprendre le recours à l’ivg, Si tu n’as pas de contraception, c’est trop facile de te dire qu’il y a l’IVG pour rattraper tes erreurs (et tu ne parles pas un instant d’une éventuelle contraception, ni de remise en question de ta part).

          Reply
          • Elizabeth 24 septembre 2014 at 8 h 06 min

            En quoi recourir à l’IVG est un enfantillage ? Et pourquoi devrais-je me remettre en question ? En questions à propos de quoi ? Chaque femme gère son corps, sa vie comme elle l’entend, libre à elle de choisir ce qu’elle fait de son fœtus. Vue la manière dont est considéré l’IVG en France, je crois au contraire que c’est loin d’être un enfantillage, et qu’il faut plutôt être forte pour lutter contre toutes les difficultés qu’on rencontre lorsqu’on veut avorter.

  • Melgane 23 septembre 2014 at 14 h 21 min

    Je pense que la mentalité des Français et des Néerlandais et très différente et que c’est en partie pour ça que tu n’as pas été bien traité ici. Peut-être aussi parce qu’ici tu étais près de la « date limite » et que les médecins considéraient davantage le foetus comme un enfant que si tu étais allée les voir après seulement une semaine par exemple. Et aussi à cause de l’Histoire de la France. Je ne connais pas du tout l’Histoire des Pays-Bas mais en France on était largement Catholique et l’avortement était un crime. Sur le tympan d’une cathédrale sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle (à Conques (merci Google :P)) il y a une représentation de l’Enfer (ce n’est pas le bon mot mais je l’ai oublié) dans laquelle une femme qui s’est faite avorter brûle… Et même si nous sommes un pays laïque, les vieilles traditions, qui restent après des centaines voire des milliers d’année, une espèce de mémoire/conscience collective, reste. En tout cas je trouve ça très courageux d’en parler, même si tu es à l’aise avec ça.

    Reply
    • Elizabeth 23 septembre 2014 at 16 h 00 min

      C’est vrai que sur le coup, je ne me suis pas trop posé la question de savoir si leur estimation était forcément la bonne. Je savais que j’étais trop près du délai, ça ne servait à rien de se battre, surtout en plein pendant la période de Noël ! La différence de traitement entre la Hollande et la France est ahurissante, je rêve d’un jour où cela se passera aussi bien en France. Mais je pense aussi que j’ai été envoyé dans une clinique spécialisée pour les avortements européens, l’écoute aurait-elle été aussi bonne dans une clinique non-spécialisée ?

      Reply
  • Emilie 23 septembre 2014 at 15 h 59 min

    Rien de positif dans ce commentaire, c’est votre opinion. Maintenant je ne comprendrais jamais comment les gens se permettent de sous entendre que l’IVG est un « caprice », le résultat d’une maladresse ou d’une femme tête en l’air, parce que  » en 2014 avec tout les moyens actuels.. » le laïus habituel. Alors oui il y a des abus, des femmes qui se négligent, qui confondent IVG et contraception, mais il y a aussi des femmes qui on pris leur précaution, des femmes qui on des cycles a la con, des mauvais calculs … des femmes comme moi, sous contraception depuis 5 ans tombé malade (Ô joie de la gastro) et n’ayant pas pensée avec 40 de fièvre, la tête dans la cuvette à doubler la prise de ma pilule… j’aurais du garder cette enfant a 19 ans, dans un studio de 18m2, avec seulement le bac en poche ? Alors oui j’ai avorter parce que comme vous le dites, nous sommes au 21e siècle, et j’estime être en droit de maitriser et contrôler un minimum ma vie et mon utérus !!

    Reply
    • Elizabeth 23 septembre 2014 at 15 h 07 min

      @Emilie : merci pour ton témoignage, mais je me permets juste une petite remarque : il n’y a jamais de personne qui abuse de l’IVG. Chaque femme doit être entièrement libre de son corps, de ses choix, et si une personne a dû avorter 4 ou 5 fois dans sa vie, ce n’est pas à nous de porter un jugement. Son corps, son choix. Mais en dehors de ce « pinallage », je te remercie pour ton témoignage.

      Reply
  • Justine 25 septembre 2014 at 10 h 52 min

    Voilà, c’était comme ça en 2010 et visiblement, quatre ans après, ça n’a pas changé! Et c’est dingue de voir que des gens qu’on ne connaît pas puissent donner leur avis là dessus (c’est fou d’ailleurs, quand tu es enceinte/as des enfants ça marche aussi! A croire que le repeuplement de l’humanité regarde la planète!)

    Reply
    • Elizabeth 26 septembre 2014 at 9 h 30 min

      Que des gens que je ne connais pas donnent leur avis, cela me parait normal, puisque c’est un article public. Mais je n’avais pas fait le lien avec la grossesse, la parentalité, c’est assez juste ! 😉

      Reply

Leave a Comment